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Courriel: le.bazart.des.mots@orange.fr
Ouvert du mardi au vendredi de 9h à 12h et de 14h à 19h
ouvert le samedi de 9h à 12h et de 14h30 à 19h
ouvert le dimanche de 10h à 12h et de 15h à 19h
Sur 150 m2 au rez de chaussée Librairie et Bar à thé
Sur 150 m2 au 1er étage expo temporaire
Du 3 octobre au 9 janvier 2010 : Pascal Garnier
Sur 150 m2 au 2 eme étage expo permanente d'Art Singulier
Alexandra Arod, Maria De Campos, Sandrine Cerdan, Emma De Witt etc .

RENCONTRES 2009


Samedi 3 octobre à 18h30 : Pascal Garnier
Ecrivain, peintre : vernissage, rencontre et lecture
http://www.zulma.fr/auteur-pascal-garnier-100.html
Découverte de vins d'artisans avec Brigitte Rollet de "la ferme des Essarts"
http://www.lafermedesessarts.com/
Exposition du samedi 3 octobre 2009 au Dimanche 10 janvier 2010

Samedi 24 octobre : SLAM D'AUTOMNE
Les slams tombent à la pelle........
Les SLAMS  longs des violons de l'automne
Blessent mon coeur d'une langueur monotone.
Tout suffocant et blême quand sonne l'heure
Je me souviens des jours anciens et je pleure
Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte
De çà , de là, pareil à la feuille morte.


Samedi 5 décembre à 18 h : rencontres auteurs de la région:
Christian Watremez, Katia Rogala, Michel Bret, Cathy Ramon etc ......

LE ! coup de coeur du Baz'Art



L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon est le genre de roman qui fait du sommeil un besoin secondaire tellement son histoire nous prend. On aimerait que tous les livres soient aussi forts. Tantôt roman d’apprentissage tantôt roman policier, son histoire à tout des labyrinthes de Borges. Et puis, lorsqu'on dépose le livre et que l'on ferme les yeux, nous découvrons avec joie que son récit est maintenant en nous. Ses personnages, ses immeubles et ses rues pavent notre imagination pour qu'ainsi nous ne formions plus qu'un immense tout.
Avant même que je ne lise la première phrase de la première page, je savais que L'ombre du vent ne serait pas une lecture comme les autres. Barcelone, 1945: Daniel, le narrateur, a 10 ans lorsque son père, libraire en livres anciens, le conduit dans un lieu secret : le Cimetière des Livres Oubliés. La tradition veut que tout nouveau visiteur y adopte un livre afin de le sauver de l’oubli. Guidé par le hasard, Daniel choisi L'Ombre du vent d’un certain Julian Carax. Il dévore le roman en une nuit et souhaite par la suite lire les autres livres de l’auteur. C’est alors qu’il découvre qu’un inconnu s’acharne depuis des années à brûler tous les romans signés Carax. Ce mystère mènera Daniel et son ami Fermin (amusant dans ses moindres répliques!) sur des avenues dangereuses où intrigues, romances et poursuites policières feront des cinq cent pages un pur délice.

La construction du roman est tout simplement vertigineuse. Plusieurs histoires sont imbriquées les unes dans les autres. Les personnages – parfois attachants parfois inquiétants – foisonnent. L’aspect historique (nous sommes au lendemain de la guerre civile espagnole) accentue la logique de poupées russes qui régie tout le roman.
"citadelle des livres"
Carlos Ruiz Zafon [trad. de l’espagnol par François Maspero], L’ombre du vent, éd. Grasset, 2005 (2006 pour l’édition de poche), 525 pages, ISBN 2-253-11486-3.
Mercredi 15 octobre 2008

L’ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE AMÉRINDIENNE

127 auteurs contemporains des Etats-Unis et du Canada

choisis, traduits et présentés par Manuel Van Thienen

 

Après l’incroyable génocide des conquêtes occidentales et cinq siècles de colonisation, et même s’ils sont toujours perçus comme des étrangers sur leur propre terre et continuent à souffrir de discrimination raciale, les Amérindiens n’ont pas disparu. Bien que l’héritage de leur poésie orale reste toujours très vivant aujourd’hui, ils comptent nombre d’écrivains qui, pour la plupart, s’expriment en anglais. Cette anthologie, fruit du fervent travail entrepris depuis de longues années par Manuel Van Thienen, n’est donc pas un document ethnologique : elle permet de faire connaître les voix singulières de poètes contemporains des peuples autochtones du continent de la Tortue (Etats-Unis et Canada).

 

« les mots nous reviennent

et le rêve est de retour

nous contant l’histoire

d’un aigle élevé

parmi les poulets

et qui ne veut plus jamais

gratter la boue

depuis qu’il a vu le ciel. »

Jo Bruchac

 

 

& Inauguration de l’exposition

NORA HERMAN et MANUEL VAN THIENEN

(du 8 novembre au 5 décembre)

 

Nora Herman, qui illustre cette anthologie (constituant le n°42 de la revue Bacchanales), est née en 1958 à Buenos Aires. Elle vit et travaille à Paris depuis 1982. Formée à Buenos Aires, Madrid, Burgos, New York et Paris, elle a exposé à Madrid, Barcelone, La Haye, Paris, Marseille, Vence, Deauville… S’attachant à restituer l’énergie du végétal, de la germination, de l’eau et de l’air, son travail conjugue la peinture, la sculpture et la gravure.

Manuel Van Thienen présente « Naissance du langage », installation autour d’un texte de Jean Monod

 

Par Shinta - Publié dans : soirées du Baz'Art
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Mercredi 15 octobre 2008
 
Par Shinta - Publié dans : soirées du Baz'Art
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Mardi 14 octobre 2008
Voici une belle  rencontre entre les lignes :
Samedi 18 octobre vers 18 hrs au Baz'Art des mots
Héléne Cociovitch auteure " Le qi gong et les 5 éléments, voyage vers la féminité" aux éditions Guy Trédaniel
Spécialiste du Qi Gong pour les femmes

« Le QI GONG ET les 5 ÉLÉMENTS / VOYAGE VERS LA FÉMINITÉ »

 

                  Hélène Cociovitch

 

La particularité de ce voyage est sa destination : l’intérieur de nous-mêmes, l’intime, le moins visible, le plus profond.

C’est à une exploration sensible de notre essence et à une libération de ces parfums subtils qu’il nous invite.

 

Pour cela sont proposés différents « bagages », certains répondant à une technique précise issue du Qi Gong- Art corporel, gymnastique faisant partie de la médecine chinoise alliant mouvement, respiration et concentration- et d’autres faisant appel à notre créativité personnelle.

 

Dans les « premiers bagages » sont exposés trois enchaînements pour la femme dont un qui est également pour la femme enceinte, afin d’énergétiser et de purifier tout le corps et plus particulièrement le foie, la rate, les reins et faciliter l’ouverture du cœur (région principale du corps féminin dans la conception taoïste) ; pour harmoniser les fonctions gynécologiques à toutes les étapes de la vie et réguler les flux émotionnels.

Est également présentée la « Méditation à la lune », alchimie transformant la lune en feu puis en vapeur pour nourrir tous les centres énergétiques de notre corps et faciliter la mise en relation avec notre essence féminine.

 

Dans les « deuxièmes bagages », le concept « Au sein des femmes », invite à une ballade libre et créative dans les 5 éléments de la philosophie taoïste.

Pour nous aider, chaque élément a été mis en relation avec une saison, une couleur, une étape de la vie ( sève de femme, femme apogée, femme accomplie, femme du passage, sagesse), les qualités féminines les plus sollicitées à chaque étape et les tendances de mouvements correspondant à l’ énergie mobilisée à ce moment de notre vie.

 

Explorer toutes ces étapes, c’est les rendre vivantes en soi et disponibles à chaque instant pour créer l’alchimie du présent. Revivre en pleine conscience des étapes passées, peut favoriser aussi la dilution des blocages inscrits durant cette période. Vivre en pleine conscience des étapes futures peut favoriser le passage de ces moments de façon optimale.

Oser, oser créer…seule, avec d’autres femmes, avec d’autres hommes…

 

 

Le corps a gardé inscrit sur son parchemin, les traces de  notre vécu coloré d’émotions. Par un travail corporel doux, accompagné d’une respiration calme et d’une concentration intense, on lime les « rudesses formées » et on libère ainsi les énergies restées prisonnières.

 

Parfois l’expulsion est courte et rapide, parfois longue et lente, mais si l’enseignement vient du chemin, cela prend sens et toute l’énergie usée et évacuée est le signe d’une purification du corps, de ses organes et des émotions qui en sont rattachées. Les tentions se dénouent et une sensation de douceur et d’apaisement général trouve son espace et sa qualité. Une vulnérabilité se développe, reflet d’une véritable force acquise, véritable car sans peur et sans vouloir.

 

Le corps ondule au delà de ses limites, fluide, sans rien attendre et tout accueillir. On se laisse couler sensuellement dans le non-agir, la coquinerie, la grâce, la sérénité, la souplesse, en laissant fleurir notre ressource unique : notre féminité.

 

En tant qu’« accompagnatrice», je propose également quelques idées à partager…pour bercer l’esprit et réchauffer le coeur…

 

Vous partez ?……je vous souhaite un profond, souriant et lumineux voyage !

 

Par Shinta
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Mercredi 1 octobre 2008

Emile Brami sur Céline

Emile Brami, Céline, 2003 : Ecriture. Entretien avec M. Brami sur l'antisémitisme de l'auteur des pamphlets : Bagatelles pour un massacre, L'Ecole des cadavres, Les beaux draps...
Libraire à Paris, spécialiste de Céline, Emile Brami a publié en octobre 2003 une biographie remarquée sur Céline aux éditions Ecriture. Il y aborde entre autres la question de l'antisémitisme de Céline et cite des passage des pamphlets céliniens à l'appui
Vous êtes l'auteur d'une biographie remarquée sur Céline, parue aux éditions Ecriture récemment (octobre 2003). Quel est de votre point de vue l'originalité ou l'apport spécifique de cet ouvrage ?

 Ce n'est pas tout à fait une biographie, car je ne donne pas la même place à toutes les parties de la vie de Céline : ainsi, je passe rapidement sur l'enfance que j'estime sans grande originalité, alors que je m'attarde très longuement sur les rapports extraordinairement compliqués que Louis Destouches a eu avec les femmes. On y trouve aussi une certaine vision des relations entre Sartre et Céline qui contraste avec celle véhiculée par les biographies de Sartre (je pense notamment au livre de Cohen-Solal). Mais, l'originalité la plus évidente du livre est d'être une biographie à rebours : je commence par la mort de Céline pour terminer par sa naissance à Courbevoie. Il était amusant de voir si l'on pouvait parler de certains évènements comme l'exil au Danemark, sans avoir porté à la connaissance du lecteur les causes de cet exil, à savoir la collaboration de Céline pendant l'occupation. Cela supposait aussi quelques problèmes techniques d'écriture amusants à résoudre.

Vous citez abondamment les pamphlets de Céline dans votre ouvrage, ce qui est une nouveauté. On fait le plus souvent référence à Bagatelles pour un massacre (1937), mais il y a aussi L'Ecole des cadavres (1938), et Les beaux draps (1941). Y a t-il dans ces trois textes une production homogène d'écriture ou y a t-il des distinctions importantes à faire entre les trois pamphlets ?
 Il y a quatre pamphlets.  Mea Culpa qui est un texte très court, violemment anti-communiste. Les trois suivants (Bagatelles pour massacre-1937,  L'Ecole des cadavres-1938, Les Beaux-Draps-1941) sont antisémites.
Bagatelles pour un massacre
Au delà du pamphlet antisémite que chacun connaît mais que bien peu ont lu, c'est aussi un grand livre. Derrière deux tiers d'éructations, on trouve un tiers de choses extraordinaires :
- Quelques remarquables prémonitions.
- Des pages étonnantes sur la manière de fabriquer des vedettes qui pourraient tout à fait s'appliquer à ce que l'on observe aujourd'hui à travers des phénomènes tels que le Loft ou la Star Académie, Céline écrit " Plus un mur est blanc mieux il prend la lumière. "
- Alors que la description est le genre littéraire qui appelle le plus la platitude où le cliché, Céline invente une nouvelle forme que je qualifierais de " pointilliste ", au sens pictural, lorsqu'il décrit Saint-Pétersbourg.
- Une vision de médecin hygiéniste, très sombre, très pessimiste de la déliquescence de la société française de l'époque.
- Des pages étonnantes sur les ballets.

Mais le livre va plus loin, il pose un problème général : peut-on faire, comme le souhaitait Baudelaire, de l'art avec de l'abjection ?

L'École des cadavres

C'est à mon sens, son plus mauvais livre. Ce n'est qu'une longue éructation, la redite, en pire, de Bagatelles. Bagatelles a marché, donc, il faut en faire un deuxième, Denoël son éditeur insiste pour profiter de la dynamique du succès. L'ouvrage est écrit en trois mois, alors que Céline a besoin de beaucoup de temps pour rédiger ses livres. La plupart du temps, il se contente de copier et de coller des textes antisémites piochés dans les revues de l'époque.


Les Beaux-draps…

 C'est son seul livre vraiment politique. La France s'est effondrée en 1940, la catastrophe est telle que le pays n'a jamais été aussi bas, mais il est désormais possible, sur ce champ de ruines, de reconstruire sur des bases saines et nouvelles. Les Beaux-Draps se présente comme un manifeste politique, analyse d'une situation, et propositions pour en sortir au mieux. Céline dit ce qu'il faudrait faire dans le domaine de l'éducation, de la petite propriété privée pour tous les français, ce qu'il appelle " Le communisme Labiche ", de l'organisation du travail, des salaires.

 Une anecdote amusante : il propose les 35 heures comme la durée maximum d'une semaine de travail ! Récemment, dans un article du Figaro, Jean des Cars s'en prenait à Martine Aubry, lui disant qu'elle devrait reconnaître avoir volé l'idée des 35 heures à Céline, et l'avoir trouvé dans un pamphlet antisémite publié en 1941.


Est-ce le même Céline qui écrit Voyage au bout de la nuit et Bagatelles pour un massacre ? Quelle était la position de Céline lui-même sur cette question ?


Oui c'est le même Céline. Lorsqu'il écrit  Voyage, Céline n'est plus un jeune homme, il a 38 ans. Les expériences les plus importantes de sa vie sont derrière lui. Ford, la SDN, son activité de médecin etc. A ce moment, il a déjà connu et l'amour et la rupture, et pour lui la trahison, avec Élisabeth Craig. L'homme est formé : il a reçu et repris les idées réactionnaires de son père. Mais au moment de la publication de Voyage on a cru qu'il était un homme de gauche, la parution de Bagatelles le révèle sous son vrai jour.

Ce qui fait la violence et le scandale de ce premier pamphlet, ce qui étonne ses contemporains, n'est pas l'antisémitisme. Ces idées sont courantes, banales, à l'époque. Etre antisémite n'est pas grave dans le contexte de l'avant-guerre. Ce qui donne la mesure du pamphlet c'est l'écho, la résonance que par son style Céline donne à ce qu'il dit. En un mot, que quelque chose d'aussi vulgaire qu'un pamphlet antisémite soit écrit par un auteur immense. Et ce scandale perdure aujourd'hui.


Qu'est-ce qui fait selon vous la spécificité de ces trois pamphlets : est-ce l'écriture antisémite, l'écriture pamphlétaire, un effet de conjoncture pour cette production d'avant-guerre (Bagatelles pour un massacre et L'Ecole des cadavres) comme a voulu l'accréditer ultérieurement Céline ?


Il y a un homogénéité des pamphlets dont le postulat de base est simple : tout est de la faute des Juifs qui sont le mal incarné, et, accessoirement, Céline excepté, tout le monde est Juif ou enjuivé, jusqu'aux rois de France qui ont des nez bien crochus. S'y ajoute l'écriture si particulière de Céline immédiatement reconnaissable. La conjoncture joue aussi : en 1938 la guerre étant quasi certaine, Céline a voulu faire oeuvre de pacifiste, empêcher le conflit dont il pensait qu'il serait une catastrophe pour le pays. Par la suite, il a voulu expliquer son antisémitisme par la conjoncture, ce qui inverse l'ordre des choses. Sa thèse sera : je m'en suis pris aux Juifs non par antisémitisme, mais parce qu'ils voulaient régler leurs comptes avec leur ennemi Hitler, en poussant la France dans une guerre pour laquelle elle n'était pas prête.


Peut-on appliquer à l'écriture des pamphlets la formule qu'il avait utilisé lui-même pour son œuvre et déclarer qu'il y a là une sorte de " machine à décerveler " ?


Le style même de Céline empêche de penser. Il le dit lui même, il cherche l'émotion et non la raison, son écriture veut toucher le nerf, aller jusqu'au cerveau reptilien. Elle est une sorte de déchaînement. Jean-Louis Bory la compare à l'éruption d'un volcan, force, beauté et destruction. Mais, Céline ne calcule pas, il se laisse emporter par ses coulées de lave, il n'y a pas de volonté consciente dans ses procédés.


Céline en 1947 écrit dans une lettre que " l'antisémitisme est une provocation politique et policière. " Que pensez-vous de cette formule ?


En 1947, Céline est en exil au Danemark, il risque d'être extradé en France. Il a été effectivement accusé d'avoir dénoncé des Juifs par les communistes alors très puissants, ce qui peut lui valoir le poteau. Il doit absolument minimiser les conséquences de son antisémitisme, il prétend donc être victime d'un complot, d'une provocation policière. Il ira même jusqu'à écrire dans une autre lettre que ce sont les Juifs qui ont fait le travail de la Gestapo et qu'ils sont responsables de la déportation de leurs coreligionnaires…


Faut-il référer selon vous cette haine antisémite à des motifs ou des mobiles plus vastes (l'antimodernité, la haine de l'autre, des puissants, ou de la culture ) ou doit-on pour penser l'antisémitisme d'un Céline partir de la haine des juifs ?


Je crois que c'est une haine générale de misanthrope. Le monde entier est juif, le Pape inclus, les " vrais " antisémites de l'époque lui reprochaient ce manque de sérieux et de discernement. Céline est un hypersensible, un amoureux déçu par l'Humanité. C'est aussi un réactionnaire qui a peur de la modernité et de l'évolution du monde, qui mythifie le passé. Il a aussi été élevé à une époque et dans un milieu où l'antisémitisme allait de soit. Il ne faut pas oublier qu'il est né en 1894, année ou éclate l'Affaire Dreyfus.

 Il y a chez Céline à la fois une détestation et une fascination pour les juifs. Son idée est tout de même qu'ils sont très intelligents, très forts, qu'ils se débrouillent mieux que les aryens ce qui les rend particulièrement dangereux pour les sociétés où ils évoluent. De plus, Céline les considère comme inassimilables, ils resteront toujours des éléments étranges et corrupteurs.


Est-il vrai que Céline a écrit une trentaine de lettres aux journaux de la collaboration, lesquels publiaient volontiers ses observations ? Est-il vrai qu'il a dénoncé des gens ?


C'est vrai. Mais il devine très tôt que les choses vont mal tourner. Dès 1941, il sait que son camp a perdu. Par prudence, il refuse de travailler pour des journaux malgré de nombreuses sollicitations, et ne se fait jamais payer lorsque des textes de lui paraissent. Sa façon de faire est la suivante : il envoie des lettres à des journalistes en leur précisant s'ils peuvent ou non publier (à condition de ne pas changer une ligne au texte, si on triture ses écrits, il envoie l'huissier). Techniquement, il pourra par la suite prétendre que d'autres ont publié, en son nom, des lettres qui auraient dû rester privées, qu'il a écrit non pas dans, mais pour des journaux collaborationnistes, la nuance est capitale

 Pour ce qui est des dénonciations, il faut rappeler qu'à partir de 1940, dénoncer est considéré comme un devoir civique (cf. le livre et le film de Halimi : La délation sous l'Occupation). Céline, lui aussi, dénonce un certain nombre de personnes. Mais, curieusement, ces gens qu'il désigne comme juifs ne le sont pas, ils ne risquent donc pas grand chose, ce qui ne retire rien à la gravité de l'acte et au fait que Céline se soit abaissé à cette ignominie.


Vous citez plusieurs témoignages qui font état d'un fort contraste entre les appels aux meurtres de l'écrivain enragé contre les juifs et la sensibilité voire la sensiblerie de l'homme Céline face à des cas concrets de violence ou de discrimination (Ainsi, p. 247 de votre livre, cette jeune fille qui lui raconte avoir été témoin d'une rafle et de la défenestration d'un juif qui cherchait à échapper à l'arrestation, et qui le met au bord des larmes). Peut-on réellement croire à cette humanité de l'homme, en privé ? Peut-on croire à un antisémitisme qui serait de l'ordre de la pose publique ?


Lorsqu'il s'agit d'abstractions, ou quand il généralise Céline peut être d'une violence extraordinaire, il faut ajouter que son style se nourrit d'exagération. Mais lorsqu'il est confronté à des cas particuliers, il perd sa virulence et agit tout autrement. En plus du témoignage de la jeune femme que vous citez, je raconte dans mon livre qu'Éliane Bonabel, qui été une amie très proche de Céline pendant et après la guerre, fréquentait un jeune juif qui portait l'étoile jaune, Céline n'a jamais fait la moindre remarque à son propos. On sait aussi que des résistants se réunissaient dans l'immeuble de Céline, qui, n'ignorant rien de leurs activités, ne les a pas dénoncé.

L'homme est complexe. Son antisémite était réel, il détestait les juifs, mais ses médecins ont toujours été des juifs (les Dr Gozlan et Brami). Je crois que l'homme privé était compatissant, bon par certains côtés.


Que pensez-vous de l'homme ? Que n'aimez-vous pas en lui ?


Je n'aime pas :


- son ingratitude permanente

- sa manière d'instrumentaliser ses amis. A de très rares exceptions, comme celle de Marcel Aymé, il joue la comédie en amitié, par exemple avec Albert Paraz dont il s'est servi pendant ses années de prison et d'exil, comme porte-voix. Lorsqu'il revient en France, Paraz devenu inutile, sera oublié, il ne recevra plus de lettres, et aura le plus grand mal à voir Céline à Meudon.

- sa mauvaise foi.


Je crois aussi qu'il n'a réellement aimé qu'une seule fois : Elisabeth Craig qui fut la femme de sa vie. Par ailleurs, il était toujours entouré de gens moins brillants que lui qu'il pouvait facilement mépriser.

En écrivant le livre, je me suis posé de nombreuses questions. J'en conclus que si, par curiosité, j'aurais aimé rencontré l'homme, je ne crois pas que j'aurais pu ou voulu être son ami. Mais ceci doit être tempéré, car j'ai rencontré de nombreux proches de Céline, avec qui il a été le plus souvent ingrat, pourtant, tous sans exception ne lui gardent pas rigueur et restent fascinés par le personnage.

Par Shinta - Publié dans : soirées du Baz'Art
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Mercredi 1 octobre 2008
Par Shinta - Publié dans : soirées du Baz'Art
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